Sensibilisation et prévention des troubles de l'humeur


Sommaire

La dépression est souvent stéréotypée si bien que plusieurs personnes vivant un réel désarroi ne sont pas reconnues.  C’est qu’on entend peu parler de la pluralité d’expressions de la dépression. Voici donc quelques portraits de dépressions les plus fréquentes. On peut schématiquement dire qu’il existe une dépression à dominante triste, une autre davantage marquée par la colère et enfin une dernière qui est scellée par l’anxiété.  Enfin,  certaines dépressions sont dites masquées. 


Portraits de dépressions les plus fréquentes

La dépression type

Le portrait type de la dépression en est une de larmes et de tristesse.  La personne se perçoit moche, sans valeur et ne trouve plus d’intérêt dans la vie.  Elle n’a plus de plaisir même à la compagnie des autres.   Il peut arriver qu’elle ne se sente pas digne d’être aimée, trop nulle pour attirer le regard, trop lourde pour les autres.  Souvent, c’est la culpabilité qui prend toute la place.  Elle s’en veut à propos de tout.  La pensée n’est pas claire, la concentration se perd, la mémoire ne fonctionne plus comme avant, il est donc difficile de faire des choix.

Parfois, des pensées suicidaires surgissent pour tenter de se dégager du sentiment d’impuissance.  La mort apparaît comme la solution apaisante aux problèmes sans fin.  Souvent, le corps ne réagit plus comme à l’habitude.  L’appétit et le sommeil se modifient entraînant une sensation de fatigue et de perte d’énergie qui ne sont pas que d’origine physique.  Elles sont déterminées aussi par le poids moral qui est trop lourd à porter. 

C’est une dépression telle qu’on la rencontre plus typiquement chez les femmes.

La déprime chronique

Certaines personnes apparaissent sans joie de vivre depuis si longtemps qu’elles sont perçues comme des êtres taciturnes.  Souvent déçues par l’absence de soutien à l’occasion des stress qui se sont présentés à répétition dans leur vie, elles n’ont plus vraiment d’attentes dans la vie et ont pris l’habitude de passer inaperçues. Leur fonctionnement est caractérisé par une passivité qui est généralement vue comme un laisser-aller, de la paresse, un manque de volonté.  C’est plutôt l’appétit de vivre qui n’y est plus. Plus aux prises avec un vide intérieur, une faible estime de soi, un manque de vitalité, l’ennui, le désintérêt, elles ont perdu quelque chose sans trop savoir quoi au juste. En fait, ce n’est pas tant d’avoir perdu que de n’avoir jamais eu, ce qui leur laisse une impression de fatalité.  Chaque évènement difficile ramène l’amertume d’autrefois et nourrit l’idée qu’il n’y a rien de bon à espérer dans ce monde ou qu’elles ne pourront jamais profiter de la vie.

La dépression coléreuse

D’autres réagiront à la perte par le refus.  Cette  dépression n’est souvent pas reconnue comme telle.  Elle prend la forme d’une attitude revendicatrice et coléreuse exprimant la révolte de s’être senti injustement traité et abusé.  Qu’il s’agisse d’une rupture amoureuse, d’un échec scolaire, de conflits avec des proches, la perte atteint l’image de soi.  Elle est vécue comme un affront humiliant d’où le réflexe de dévaloriser ce qui est perdu.  Le deuil est ainsi contourné, mais la souffrance reste à travers des mauvais souvenirs et des conflits qui prennent toute la place. 

Ainsi, l’investissement perdure sous la forme d’un acharnement contre l’autre.  Ce peut être à travers une culpabilisation afin de le récupérer ou encore pour se venger, lui faire subir le mal éprouvé ou retrouver un pouvoir sur lui afin  de se restaurer dans sa valeur.  Tous les efforts sont en direction de se battre contre l’autre pour éviter d’accéder au ressenti de perte. 

C’est souvent cette forme de dépression qui habite les hommes, sans toutefois leur être exclusivement réservée. La dépression masculine s’exprime davantage par la colère que par les larmes.  La culpabilité, moins fréquente, est aussi le plus souvent formulée de façon si coléreuse qu’elle est davantage éprouvée par l’entourage comme une attaque que comme un reproche contre soi.

La dépression anxieuse

D’autres vivront la dépression en étant envahis  par l’anxiété.  La perte est vécue comme une catastrophe faisant disparaître d’un seul coup tous les rêves et espoirs de se réaliser.  Sans l’autre, sans cette chose qui était convoitée pour confirmer une valeur de soi inexistante, la personne se sent et se perçoit comme incapable.  C’est comme une impression de fin du monde, car il y a, au fond de soi, la conviction de n’être rien sans l’autre ou de ne pas avoir ce qui paraît être si essentiel pour se sentir exister et reconnu. 

Le déclencheur de cette dépression est parfois la perte de performance, d’une personne ou de choses extérieures à soi qui confirmaient une identité fragile.  Pour d’autres,  incertains d’avoir la sécurité nécessaire pour aller de l’avant dans la vie,  c’est la perte des parents qui devient déséquilibrante, convaincus qu’ils sont de ne pouvoir vivre sans eux.  L’autre ou cet objet investi est dépositaire d’une partie de soi.  Il est la raison de vivre, celui qui donne la sécurité, celui sur qui s’appuyer pour se réaliser.

Les dépressions masquées

Il existe également des dépressions dites masquées.  Rien ne paraît de l’habituel portrait dépressif, car il y a plutôt une frénésie à combler le vide ou calmer la rage à travers des consommations de toutes natures : alcool, drogue, sexualité compulsive, nourriture, jeu pathologique, cyberdépendance.  Pour certains, c’est l’excitation qui est recherchée afin de ne pas ressentir les affects dépressifs.  Pour d’autres, c’est plutôt une tentative d’apaiser l’anxiété. 

Le caractère auto-destructeur de ces conduites ne tarde pas à se manifester : la personne s’enfonce dans ses difficultés, voit des proches s’éloigner, perd de plus en plus dont son sens d’elle-même et de sa valeur propre.  Elle finit par crouler sous le désespoir de pouvoir s’en sortir un jour ce qui peut motiver, dans des moments d’impulsivité, des gestes suicidaires.  Elle peut aussi se tuer à petit feu, en ruinant sa santé.

Auto-mutilation et suicide

Dans certains cas plus extrêmes et plus rares, la dépression peut aboutir à des conduites d’auto-mutilation ou à des comportements suicidaires.  Les émotions ne parviennent pas à être régulées par la pensée.  Elles ont une telle intensité qu’elles sont ressenties de façon indistincte comme une tension qui a un caractère si envahissant et oppressant qu’elles doivent être expulsées par un agir impulsif.


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