Sensibilisation et prévention des troubles de l'humeur


Sommaire

Comme pour tout problème de santé psychologique, le contexte social a sa part d’influence dans la constante progression de la dépression qui figure parmi les problèmes de santé publique les plus fréquents.  Le chacun pour soi, le culte de la performance, la quête du bonheur absolu disqualifiant l’expérience de la souffrance sont autant de valeurs sociales qui font pression sur l’individu en déniant l’ensemble des besoins d’une personne de même que son expérience émotionnelle.


Dans ce contexte social qui occulte bien souvent le sens de la souffrance et de la tristesse dans l’existence humaine, le discours dominant sur la déprime et la dépression peut les réduire à un dysfonctionnement organique, auquel il faut remédier rapidement par la pharmacothérapie, ou à un manque de volonté de la personne qui devrait se secouer pour aller mieux. Toutefois, bien que l’on puisse s’emballer des avancées scientifiques qui soulignent le rôle des neurotransmetteurs dans la dépression et qui ouvrent la voie à des traitements médicaux efficaces, il demeure qu’elle est avant tout une expérience psychologique qui le plus souvent est déclenchée par une perte. Qu’il s’agisse de la perte d’un amoureux, d’un rêve ou d’un idéal, ou encore de la perspective de perdre, les dépressions ont donc généralement à voir avec la tristesse et la colère qui accompagnent normalement la perte. Et comme toute expérience psychologique, elle est ancrée dans l’expérience sociale. Vouloir apaiser la détresse psychologique c’est du coup vouloir améliorer le système de relations interpersonnelles.    Nous avons chacun un rôle important à jouer pour changer le type de rapports que nous entretenons les uns avec les autres.


Voici deux exemples d’un échange écrit, simple mais authentique et sensible, où la recherche du sens de l’expérience dépressive apparaît et aide ainsi la personne qui se confie sur ses difficultés. Ils témoignent aussi du mieux-être et de la valorisation trouvés à mieux se comprendre dans le dialogue. La première correspondance illustre la dépression alors que la deuxième présente la déprime ce qui permet de mieux saisir leur distinction.


Correspondance 1

Jean, au sortir de sa dépression, se confie à son ex-copine Sophie

Salut Sophie,

Je t’écris car je me rends compte qu’avec notre rupture j’ai perdu mon amoureuse, mais aussi ma confidente.  Ton départ a laissé un vide.  Si tu m’avais vu après, tu aurais été découragée.  Je ne mangeais presque plus et la plupart du temps c’était des pointes de pizza en revenant des cours à l’université.  J’y allais par obligation, le cœur n’y était pas.  Il faut dire que je n’avais plus de motivation ni de concentration.  Je tuais le plus clair de mon temps aux jeux vidéo pour ne pas penser et avoir mal.  Je n’en dormais pratiquement plus, les pensées sombres m’assaillaient dès que j’étais au lit.  Marc et Stéphane arrivaient à me sortir parfois pour aller prendre un verre...disons plutôt une longue série de bières jusqu’à ce que je t’oublie ou que je divague sur toi, sur nous.  J’ai pas mal inquiété mes vieux chums lorsque j’en suis venu aux poings avec un gars qui a accroché notre table.  Les lendemains de veille étaient pénibles et la réalité cherchait toujours à me rattraper.

Tu sais Julie, ma prof de politique, elle a pris le temps de me voir pour me dire qu’elle avait l’impression que ça n’allait pas.  C’est dire comment j’avais changé.  Elle m’a parlé de moments difficiles dans sa vie et de l’aide qu’elle a eue pour s’en sortir.  Elle m’a glissé un mot sur le service de psychologie de l’Université.  Tu me connais, je ne me confie pas facilement.  Mais j’avais tellement de difficulté à me reconnaître, je ne fonctionnais plus et je me surprenais parfois à penser que la mort pourrait me soulager.  Ça m’a fait peur.  J’ai vu le psy une première fois.  Il était sympathique et compréhensif.  Ça m’a fait du bien de lui parler, car je comprenais un peu mieux pourquoi j’étais dans cet état et j’avais l’impression qu’il pourrait m’aider.

Maintenant, ça va mieux.  J’ai les idées plus claires et je me sens moins lourd.  J’ai réalisé qu’à part à tes yeux, je ne me sentais pas très important.  Tu pouvais bien me trouver possessif et étouffant…C’est comme si je pensais que si tu t’éloignais un peu de moi, tu verrais que je ne vaux pas grand-chose.  Je comprends aujourd’hui que pour aller mieux et penser avoir une relation de couple moins angoissante et plus épanouissante, j’aurai à m’apprécier plus.  En plus, en cherchant autant à être rassuré par l’autre (par toi) sur ma valeur personnelle, j’avais délaissé les activités que j’aimais et dont j’étais fier.  J’ai repris mes activités de plein-air et tu sais comme j’aime m’amuser avec mes neveux, hé bien je me suis inscrit comme bénévole auprès des jeunes du quartier.  Ça fait seulement trois fois que j’y vais, mais je me sens tellement utile quand ils me remercient d’avoir passé un bel après-midi.  Je vois que je fais une différence pour eux.

J’ai eu un délai pour mes examens et mes travaux.  Je retrouve progressivement mon énergie.  Je pense donc être en mesure de compléter ma session.  C’est certain que quand je pense à notre relation, je suis encore triste.  Je m’en veux aussi d’avoir pu être contrôlant avec toi.  Je voulais te demander de m’excuser si je t’ai blessé et je comprends que je n’étais pas facile à vivre pour toi.  Si tu en avais envie, un jour, j’aimerais bien qu’on puisse se reparler de tout ça.

Jean

Réponse de Sophie

Salut Jean,

Je ne me m’attendais pas à recevoir cette lettre de ta part.  Tu ne t’ouvrais pas beaucoup à moi lorsqu’on était en couple.  Ça me fait plaisir que tu m’aides à comprendre ce qui se passait pour toi.  J’ai effectivement trouvé difficile de me sentir contrôlée, mais je vois bien qu’au fond, c’était par insécurité.  C’est surprenant comment parfois nos gestes ont exactement l’effet inverse de ce qu’on voulait.  De mon côté, j’aurais peut-être pu te parler plus tôt que je commençais à me sentir étouffée.  Nous aurions peut-être pu avoir cette conversation avant. 

Peu importe, je suis touchée que tu me fasses confiance pour te révéler à moi même si on n’est plus ensemble.  Je suis aussi contente de savoir que tu vas mieux.  Je comprends que ça été difficile pour toi après notre séparation.  Tu sais, tu es quelqu’un de bien et les moments de tension que nous avons vécus n’enlèvent rien aux bons souvenirs que je garde de nous.  J’espère que tu continueras à reconnecter avec ce qui te passionnes et qui te rend fier.  Je suis sûre que les jeunes du quartier doivent beaucoup t’apprécier et ils sont chanceux que tu leur donnes de ton temps.  Ce serait une bonne idée effectivement de se voir pour reparler de tout ça et pour prendre des nouvelles.  Fais-moi signe quand tu seras disponible.

À bientôt,

Sophie


Correspondance 2

Léa, qui était déprimée, écrit à son frère Stéphane

Allo Stéphane,

Je t’écris pour t’expliquer un peu plus mes états d’âme depuis que Jonathan m’a laissée.  Je suis retournée à la maison, je sentais le besoin de me faire dorloter par maman.  Ça n’allait vraiment pas.  Je me sentais déprimée, je n’avais plus le goût de rien, je pensais tout le temps à lui, je n’arrêtais pas de pleurer.  Quand tu m’as dit d’arrêter de m’en faire, que j’allais trouver un autre gars, je ne me sentais vraiment pas comprise.  Moi, je me voyais être avec lui toute ma vie.  Puis quand tu m’as dit que j’étais dépendante et que je devrais prendre des antidépresseurs parce que je pleurais, ça m’a vraiment fâchée.  Je ne peux pas faire comme si rien n’était après un mois alors que j’étais avec lui depuis quatre ans.  Je ne voulais plus t’en parler parce que j’avais l’impression de te déranger.
J’ai appelé Judith même si j’hésitais parce que je ne la voyais pas souvent depuis que j’étais en couple.  Mais comme je me suis souvent confiée à elle et que ça m’a toujours fait du bien, j’ai décidé de l’appeler.

J’ai compris des choses en lui parlant.  Jonathan me disait que j’étais contrôlante.  Il étouffait.  Mais il ne voulait pas s’engager alors il était distant ce qui m’insécurisait et faisait que j’avais plus besoin de le voir. Et là je réalise que ça le faisait fuir.  Je me suis rendue compte qu’il y a une différence entre aimer un gars et être accrochée après lui.  Aussi j’avais tellement des grosses sautes d’humeur que je pensais que j’étais bipolaire.    Mais j’ai compris que les sautes d’humeur ça arrive parfois quand on est trop contrarié.  Ça arrivait juste quand je le trouvais moins présent.  J’étais fâchée mais je ne savais pas comment lui dire.
J’ai réalisé aussi que Jonathan me fait penser à papa.  Il ne parle pas beaucoup, mais je sais qu’il m’aime.  C’est maman qui m’a dit qu’il insiste pour m’aider à déménager et qu’il veut me donner de l’argent pour que je sois bien dans mon nouvel appartement.  Je me suis rendue compte que Maman ne le laisse pas parler.  Elle répond toujours à sa place.  Une fois, il lui a dit qu’il voulait s’occuper de nous mais qu’elle ne le laissait pas faire.  Elle fait le petit boss puis après elle se plaint qu’il n’a pas d’initiative.  Quand il dit ce qu’il veut, elle le tourne en ridicule.  C’est ce que je faisais avec Jonathan, mais je ne veux pas être comme elle. 

Je voulais te dire que je vais mieux.  C’est sûr que je m’ennuie encore de Jonathan et je pleure en pensant à notre relation.  J’ai besoin d’être seule.  Ça me fait du bien de me retrouver, prendre du temps pour moi et faire des activités que je ne faisais plus parce que j’étais trop centrée sur lui.  Je me suis un peu perdue même si je ne vivais pas juste en fonction de lui.  Il n’y a pas qu’un chum dans la vie. Je n’ai pas le goût d’un autre gars maintenant.  Je ne serais pas capable. C’est lui qui est dans ma tête alors ça ne me donne rien de le chercher dans un autre gars.  J’ai besoin de comprendre ce qui n’a pas fonctionné entre nous, voir le genre d’homme qui me convient et penser à ce que je fais qui ne me rend pas facile à suivre sans oublier mes qualités. 
Si je t’ai écrit c’est pour t’expliquer un peu plus comment je me sens ces temps-ci.  Je ne t’en veux pas pour l’autre jour, mais j’aimerais que tu m’écoutes un peu plus quand je te parle.  Je sais quand même que toi et moi, quand on s’explique, on finit toujours par se comprendre.

Léa

Réponse de Stéphane

Salut Léa,

J’étais content de lire ta lettre.  Ça me permet de comprendre ce que tu vis.  Souvent, je suis maladroit dans ma façon de dire les choses.  Au fond, je trouvais ça difficile de te voir triste et je voulais faire le grand frère qui te protège mais je suis passé à côté en ne te laissant pas le temps de vivre ce qu’il y a à vivre dans une rupture.  Tu sais que si tu as besoin je suis là !  Je vais être moins pressé à te soulager avec mes trucs pour t’encourager.  Je réalise que ça prend du temps pour se remettre d’une rupture amoureuse. Je me rends compte que le plus important, dans les moments difficiles comme celui que tu vis, c’est d’être ensemble.  Et je voulais te dire que j’aime ça être avec toi.  Viens-tu souper samedi prochain?

Stéphane


Ce contenu vous a-t-il été utile?
Oui
Non
 Vous avez d’autres questions ?
 Envoyer une demande »