Le suicide : 13 façons d'en parler


Le deuil dans la société actuelle

La société actuelle combat la mort, la perte et le deuil plus qu’elle ne l’accueille comme un événement naturel de l’existence humaine. Ce faisant, elle ne donne pas l’occasion de se familiariser avec ce type d’expérience et n’autorise pas beaucoup de s’y attarder de sorte que bien des gens ne développent pas les moyens d’y faire face et cherchent à l’éviter à tout prix. Cela rend plus complexe l’expérience du deuil et contribue à l’isolement des endeuillés.

Le cycle du deuil par suicide

Le deuil s’apparente à un cycle en ce qu’il permet, par les transformations qu’il opère, de se retrouver après une perte. Le suicide ajoute à la complexité de l’expérience parce que c’est un deuil traumatique par son aspect soudain, auto-infligé et violent. 

Les endeuillés par suicide sont d’abord souvent agités ou abattus et figés. Envahis par des images du suicide et dans l’incapacité de comprendre ce qui leur arrive pendant de longs mois, ils cherchent frénétiquement un sens au suicide. Ce questionnement suscite souvent honte, culpabilité et sentiment d’impuissance. Ce premier moment du deuil a son importance, car il permet de sortir de l’abasourdissement de l’état de choc pour se représenter l’évènement.

Le deuxième temps du deuil apparait peu à peu à mesure que la perte et l’absence se font ressentir davantage. C’est alors l’ensemble de la relation qui revient en mémoire. Diverses émotions comme la colère, la tristesse et la culpabilité, plus particulièrement le sentiment de ne pas avoir fait assez ou pas assez bien, accompagnent cette remémoration des événements de vie heureux et des difficultés traversées. La blessure de se sentir rejeté est aussi fréquente.

Ce deuil est souvent plus stigmatisé. Les endeuillés sont ainsi plus souvent laissés seuls à eux-mêmes, honteux et déroutés par l’absence de sens qu’ils ne peuvent pas autant partager avec les autres.

La fin du deuil s’amorce quand la réalité du suicide est reconnue comme telle, qu’on se pardonne les heurts, incompréhensions et les conflits en les situant de façon réaliste dans leur contexte, que la joie de vivre revient et que la vie commence à se réorganiser en intégrant l’absence de celui qui s’est suicidé. Accepter son suicide n’est pas se résigner ni l’abandonner. C’est plutôt de se faire à la nouvelle réalité. Découvrir que quelque chose de lui reste à l’intérieur de soi est aussi une source de consolation.

Mieux vivre le deuil par suicide

Comment transformer l’expérience du suicide dans le deuil?

Le deuil est en lui-même un processus de transformation d’une perte subie, car imposée par la réalité, à une perte activement reprise à l’intérieur de soi pour la ressentir, la penser et ainsi l’intégrer à sa vie. C’est cette traversée douloureuse qui permet de se détacher peu à peu en renonçant à la présence réelle de celui qu’on aimait, d’apaiser les blessures et remises en question suscitées par le suicide, de se clarifier et faire la paix par rapport aux conflits vécus. Il arrive souvent que cette expérience devienne un tournant par la découverte d’un nouveau sens à la vie. 

Pour favoriser cette transformation, il est judicieux d’être à l’écoute de nouveaux besoins qui surgissent souvent en temps de deuil et de trouver les moyens d’y répondre, par exemple :

  • Parler, parler, parler pour libérer la tension, chercher un sens au suicide et sortir de l’isolement. Le témoignage de Michèle Brochu pourrait être inspirant.

  • Respecter son besoin de solitude et de se taire.
  • Se donner du temps pour digérer l’expérience et des moments d’arrêt pour prendre soin de soi. La participation à l’atelier Se reconnecter avec son corps en redécouvrant le gout des aliments ou à l’atelier d’expression créative Le sens de soi à travers la création pourrait être un bon soutien dans cette direction.
  • Accepter la perte ouvre à un processus de réparation intérieure. Le deuil permet de découvrir que l’on ne perd pas tout, que celui dont on fait le deuil reste à l’intérieur de nous, autant à travers des souvenirs que par ce qu’il nous a apporté et a changé en nous.
  • Consulter des ressources professionnelles au besoin, particulièrement si des idées suicidaires vous passent par la tête.

Une expérience à reconnaitre et qui mérite notre attention

Conseil aux proches des endeuillés par suicide

  • Ne soyez pas étonné de voir chez les endeuillés par suicide des réactions de stress au début. Ce sont des réactions adaptatives qui peuvent persister quelques mois. Cependant, si ces réactions perdurent de façon si intense que le fonctionnement quotidien en est perturbé, il est judicieux de consulter un professionnel de la santé.
  • Osez leur parler. C’est ce qu’ils attendent le plus souvent pour sortir de leur malaise et sentir qu’ils ne font pas peur aux autres ou ne sont pas dérangeants. 
  • Respectez leur besoin de silence.
  • Soyez patient, le deuil demande du temps. La page ne peut être tournée avant d’être relue à plusieurs reprises parfois. Répéter n’est pas forcément ruminer.
  • Prenez de leurs nouvelles. Ils ont besoin de sentir qu’ils sont importants pour vous.

Ressources

Centre de santé et de consultation psychologique de l’Université de Montréal
514 343-6452 pour obtenir un rendez-vous avec un psychologue


Suicide-Action Montréal
514 723-4000
suicideactionmontreal.org

  • Groupe de soutien pour endeuillés par suicide
  • Écoute téléphonique de soutien aux endeuillés par suicide
  • Écoute téléphonique de soutien pour les proches des endeuillés par suicide


Ligne régionale de prévention du suicide
1 866-APPELLE

  • Groupe de soutien pour endeuillés par suicide.
  • Écoute téléphonique de soutien aux endeuillés par suicide.
  • Écoute téléphonique de soutien pour les proches des endeuillés par suicide


Maison Monbourquette
514 523-3596 ou 1888-LEDEUIL (1-888-533-3845)
maisonmonbourquette.com

  • Écoute téléphonique de soutien aux personnes en deuil
  • Suivi individuel de courte durée
  • Groupes d’entraide


Revivre
1 866 REVIVRE (738-4873)
revivre.org

  • Groupes d’entraide
  • Ateliers d’autogestion de la dépression



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