Nous naissons mâle ou femelle (sexe biologique) mais ni masculin, ni féminin, et encore moins homme ou femme. Nous devenons des hommes et des femmes, deux termes auxquels sont associés des modèles déterminés de masculinité et de féminité, historiquement et culturellement définis. Ce processus s’échelonne tout au long de notre vie dans une interaction continue entre le biologique et le contexte socioculturel.

Identité de genre et identité sexuelle

L’identité de genre, c’est se savoir mâle ou femelle, c’est se savoir appartenir à un sexe précis. Il s’agit d’un sentiment profond, de différenciation et d’appartenance à l’un ou à l’autre sexe qui s’élabore très tôt, vers la seconde année. C’est l’identité de genre qui permet à l’enfant de se dire garçon ou fille. L’enfant prend conscience de la différence des sexes par la connaissance de sa propre structure anatomique et par celle de l’autre sexe. L’identité de genre est à la source même de l’identité de soi. Elle peut la renforcir ou l’affaiblir et revêt par conséquent une importance déterminante en ce qui concerne la santé physique et psychique. L’incertitude d’un être quant à son genre risque de susciter en lui des états d’angoisse aiguë, voire des phénomènes d’aliénation. Le transsexualisme illustre de manière spectaculaire la différence entre identité sexuelle et identité de genre. Il démontre que l’identité de genre est indépendante du sexe biologique, puisque le transsexuel a la conviction d’être enfermé dans un corps dont l’anatomie ne correspond pas à son identité de genre.

L’identité sexuelle, quant à elle, se définit comme un ensemble de comportements, d’attitudes, de symbolisations et de significations qui s’élabore progressivement au cours du développement psychosexuel de la personne. Elle est un processus d’imitation, d’éducation et d’apprentissage et se modèle à partir des représentations que l’enfant intériorise sur la façon dont il doit penser et se comporter comme être sexué.

Le parent du même sexe joue un rôle considérable dans la formation de l’identité sexuelle. Le père pour le garçon et la mère pour la fille doivent conserver une image positive. Jusqu’à environ trois ans, la relation à la mère est plus exclusive tant pour le garçon que pour la fille. Puis l’intérêt pour le père s’accroît et graduellement naît un conflit interne (complexe d’Oedipe). Pour se représenter comme masculin, le petit garçon doit cesser de s’identifier à la mère. Il doit se séparer d’elle et se défaire des aspects de la mère en lui. Cette séparation lui permettra de se tourner vers le père pour s’en approcher, entrer en rivalité avec lui et ensuite devenir comme lui. Être comme son père, c’est, entre autres, désirer des rapports sexuels avec des femmes. La petite fille, tel le garçon, est d’abord identifiée à la mère puis, petit à petit, le père va apparaître comme un idéal à imiter et à posséder, ce qui va entraîner une dépréciation de la mère et un amour incestueux pour le père. Cette impasse pourra être résolue en acceptant qu’elle ne pourra avoir le pénis du père, symbolisé par le désir d’avoir un enfant de ce dernier. En se rapprochant à nouveau de sa mère, la petite fille poursuivra son processus d’identification et désirera des rapports sexuels avec des hommes. Durant l’Oedipe (3-6 ans), l’enfant vit l’amour envers le parent du sexe opposé d’une manière exclusive, ce qui l’amène à réagir avec agressivité envers le parent du même sexe. Pour en sortir, il lui faudra renoncer à l’amour « incestueux » et à la haine envers le parent de son sexe. L’issue habituelle de l’Oedipe est l’identification au parent du même sexe. Plus l’enfant s’identifie à un parent moins il s’identifie à l’autre.

L’orientation sexuelle

L’orientation sexuelle correspond à l’orientation des fantasmes, des désirs et des conduites sexuelles vers une personne du même sexe (orientation homosexuelle), de l’autre sexe (orientation hétérosexuelle) ou des deux sexes (orientation bisexuelle).

Freud a découvert, en étudiant la sexualité infantile, que la libido est une pulsion indéterminée quant à l’objet*. Cette énergie n’a pas d’objet déterminé dès l’origine. C’est à elle de découvrir son objet à travers l’évolution sexuelle. La manière dont se résout l’Oedipe oriente le choix d’objet sexuel.

Il n’y a pas une théorie unique de l’homosexualité et de la bisexualité : chaque cas doit être considéré pour lui-même. Cependant nous pouvons essayer de tracer des éléments fréquents de la structure de la personnalité homosexuelle et bisexuelle. Une difficulté d’identification au parent du même sexe semble être une caractéristique fondamentale chez la plupart des homosexuels. Au lieu de se tourner vers le père pour lui ressembler, le futur homosexuel se soumettra au père et restera principalement identifié à sa mère. Il voudra avoir le père et non être comme le père. Chez la fille, une fixation au père par une affection incestueuse soutenue va entraîner une identification paternelle et favoriser le choix de partenaire homosexuel. Ces difficultés peuvent découler, entre autres, d’une autorité parentale excessive, d’une trop grande proximité du parent du sexe opposé ou d’une faible présence psychologique ou physique du parent du même sexe.

En fait, les configurations familiales peuvent être très différentes. La caractéristique fondamentale est l’impossibilité, pour l’enfant, de s’identifier suffisamment au parent du même sexe. Par ailleurs, une situation familiale idéale n’empêche pas que surviennent des événements traumatisants (viol, agression…) pouvant avoir une influence définitive sur l’enfant. Il est alors possible que le comportement homosexuel ou bisexuel ne corresponde pas à la structure dominante de la personne. Dans ce cas, le choix sexuel ne serait donc pas en harmonie avec la nature profonde de l’individu.

Dans toute personne coexistent plusieurs identifications (préœdipienne et post-oedipienne), au père et à la mère, de forces et de natures diverses. L’identification féminine comporte toujours une part de la personnalité de l’homme et l’identification masculine une part de la personnalité de la femme. L’homosexualité et l’hétérosexualité pures n’existent pas. Ainsi, tout hétérosexuel a refoulé une ébauche de solution homosexuelle et vice versa. Sur ce continuum, chacun trouve sa place.

La bisexualité peut être un état transitoire, instable, lié à l’adolescence. Chez certains adolescents, l’orientation sexuelle n’est pas claire. Pour mieux se connaître et faire ses choix, l’adolescent peut vivre une période de bisexualité temporaire qui l’aidera à s’orienter plus définitivement vers l’hétérosexualité, reconnaissance qui s’avère parfois très douloureuse et qui peut faire place à des sentiments d’angoisse et de dépression importants. Finalement, la bisexualité peut constituer une orientation sexuelle en soi. Elle peut-être sérielle (d’une homosexualité exclusive à hétérosexualité exclusive) ou concurrente (partenaires sexuels des deux sexes au cours d’une même période).

Telle l’homosexualité, la bisexualité ne peut être expliquée à l’aide d’une seule théorie. Nous allons ici tenter de comprendre cette orientation sexuelle en référence à la première étape (préœdipienne) du développement de l’identité sexuelle : la prise de conscience du genre. Je suis un garçon, je suis une fille. Cette première étape correspond à un érotisme sans objet sexuel déterminé. Tous les objets sexuels sont donc possibles. Il se peut que l’enfant dont le processus de développement s’est trouvé entravé avant son accomplissement, et qui demeure à cette étape, puisse, une fois devenu adulte, jouir de relations sexuelles avec des hommes et des femmes. Une relation amoureuse pourra être établie avec un homme ou une femme, et les contacts physiques peau à peau empreints de beaucoup de chaleur seront souvent privilégiés à une sexualité génitale.

Il y a donc un déterminisme provenant de la petite enfance qui rend notre orientation sexuelle prédominante homosexuelle, hétérosexuelle ou bisexuelle, indépendante de notre volonté. En raison de la répression familiale et sociale à l’égard des homosexuels et des bisexuels, ces personnes intériorisent des schémas de culpabilité, de mépris et d’oppression. De plus, les groupes d’appartenance sont restreints et ne sont pas toujours perçus positivement rendant l’identification problématique. Pour ces raisons, il est souvent plus difficile pour les homosexuels et les bisexuels de trouver un équilibre dans leur vie adulte et d’atteindre une pleine maturité.

*Objet : une personne, homme ou femme, vers qui est dirigée l’énergie sexuelle.

Références

BON, Michel. Développement personnel et homosexualité. Paris, Épi Éditeurs, 1975.

 
Volume 13, numéro 3 - Janvier 2001
Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada – ISSN 1705-0588