L’arrivée à l’université, avec tout ce qu’elle implique d’attentes et d’espoirs, suscite à la fois de l’anxiété et de l’excitation. Certains y voient une suite sans heurts du cégep avec un choix professionnel enfin précisé, d’autres appréhendent le caractère sérieux et définitif des études universitaires ou encore l’adaptation difficile à un monde nouveau, compétitif et anonyme.

En outre, les années universitaires coïncident avec une étape importante pour l’être humain, soit le passage de l’adolescence à l’âge adulte. C’est une période très intense de remise en question puisqu’elle correspond à la séparation d’avec la famille, à la formation d’un nouveau groupe social et d’amis plus intimes ainsi qu’à la définition de son identité professionnelle.

On associe souvent l’université au seul développement intellectuel. Le but de cet article est de donner un aperçu de ce qui se passe également sur le plan affectif et de souligner l’importance de s’occuper de tous les aspects de sa vie de jeune adulte. Les relations avec la famille, les liens avec les amis et le choix professionnel sont trois des principales dimensions où se produisent des transformations de l’identité personnelle.

Les relations avec la famille

Amorcée au cours des études collégiales, la prise de distance ou même la séparation d’avec la famille s’intensifie à l’université. Il y a souvent un tiraillement entre le désir d’être autonome et la nostalgie d’une certaine sécurité familiale. Le choix professionnel en est un bon exemple surtout si ce choix est différent des attentes des parents. Certains malaises ou conflits plus ou moins sérieux peuvent surgir; le soutien émotif ou même financier des parents peut alors devenir moins présent. Cette réaction est souvent très subtile et nous affecte plus qu’on ne le croit. Bien sûr, la famille est encore importante, mais on a besoin de prendre ses propres décisions, on ose davantage donner son point de vue et on commence à percevoir les membres de sa famille tels qu’ils sont, avec leurs failles et leurs ressources.

Durant cette étape où l’on est exposé à une multitude de valeurs, d’opinions et de systèmes de pensée, il faut réévaluer ses valeurs. On peut se demander si la famille va accepter ce que l’on est en train de devenir.

D’autre part, les responsabilités financières prennent de plus en plus d’importance. Très souvent, les parents continuent d’offrir leur soutien, mais on ressent davantage le besoin de se débrouiller par soi-même avec l’emploi d’été ou à temps partiel, tout en apprenant à composer avec les aléas des prêts et bourses. Cette autonomie naissante procure souvent beaucoup de satisfaction mêlée de déceptions inévitables. Sur le plan du logement par exemple, on essaie toutes sortes d’expériences de vie en résidences d’étudiants ou en cohabitation, certaines très heureuses, d’autres nettement plus frustrantes.

Les amis, les amours

L’arrivée à l’université entraîne nécessairement une forme d’éclatement du réseau d’amis puisque plusieurs se retrouvent dans des disciplines différentes ou encore dans d’autres universités. Au début, on a tendance à vouloir conserver ces liens à tout prix, car il est toujours difficile et inquiétant de « perdre son monde » surtout dans un milieu où l’anonymat est beaucoup plus prononcé qu’auparavant. Accepter de prendre une distance face aux amis du cégep et se refaire un nouveau milieu d’appartenance exigent à la fois du temps et une bonne dose d’énergie.

Les relations amoureuses sont, elles aussi, exposées à toutes sortes de changements qui peuvent les remettre en question : on rencontre d’autres personnes avec qui on se découvre des affinités, on a moins de temps à consacrer à son copain ou à sa copine que ce soit à cause des études ou à cause de l’éloignement.

Par contre, même si l’on vit des pertes dans ses relations amicales ou amoureuses, il est important de ne pas céder à la tentation de s’isoler et de se lancer à corps perdu dans les études. L’isolement occasionnerait une augmentation du stress et une baisse de motivation. Le fait d’avoir un ou deux confidents aide énormément à passer à travers les tensions inhérentes à la vie universitaire.

De l’étudiant au professionnel

L’université permet surtout de se donner une formation conforme à ses intérêts professionnels en espérant pouvoir en vivre un jour.

Cependant, le choix professionnel n’est jamais définitif puisqu’il s’effectue à partir d’intérêts et de valeurs qui changent beaucoup au début de la vingtaine. Cette réalité engendre donc forcément une bonne dose d’incertitude et comporte une certaine part d’essais et erreurs. L’identité professionnelle est alors constamment en mutation en ce sens qu’elle s’affine et se précise.

Le premier trimestre ou même la première année universitaire est une période d’évaluation et de confrontation du choix de carrière. Dans certains cas, la confrontation est d’autant plus vive qu’il s’agit d’un deuxième choix; malgré une déception souvent cuisante, il est fort plausible d’y découvrir des éléments intéressants et de retirer beaucoup de satisfaction d’une telle expérience.

Et même dans le cas d’un premier choix, un questionnement intense peut survenir si l’arrivée à l’université ou le programme a été très idéalisé. On se rend compte que les cours sont moins spécialisés qu’on l’aurait souhaité, les classes sont anonymes, l’encadrement moins serré qu’au cégep. Bref, la réalité ne correspond pas à nos attentes. Ou bien, la compétition est tellement forte qu’on se sent déjà à bout de souffle à la fin octobre; on doute, on se questionne, on se démotive ou alors, on fait taire tous les démons intérieurs pour redoubler d’efforts et de volonté dans les études. À ce rythme-là, ce sera l’épuisement à la fin du trimestre.

Remettre en cause un choix de carrière est chose fréquente en première année, mais il peut paraître coûteux (dans tous les sens du terme) de changer de programme, surtout si ce choix a été très investi soit en raison du soutien et parfois de la pression de l’entourage ou, au contraire, parce qu’il représente une façon indirecte de s’opposer à une certaine tradition familiale.

Les capacités d’adaptation mises à l’épreuve

Tout changement, toute avancée vers l’inconnu suscite de l’anxiété. Comme nous le disions précédemment, le jeune adulte a fort à faire sur le plan psychique et la première année universitaire en est probablement l’exemple le plus marquant.

Devant une expérience nouvelle qui sollicite nos capacités d’adaptation, on a tendance à recourir à nos anciens repères pour arriver à donner un sens et à intégrer tout ce qui nous arrive. On oscille un certain temps entre les vieilles habitudes et ce que le présent offre de nouveau.

Si l’anxiété devient trop forte, certaines personnes vivront une sorte de paralysie ou reculeront face à l’effort demandé pour se réfugier dans le connu, le passé. D’autres auront tendance à se jeter à corps perdu dans l’action afin d’éviter d’être complètement envahi par l’angoisse. On s’anesthésie un temps pour survivre.

Aller vers du nouveau signifie également laisser tomber des choses et des façons d’être, perdre des gens. Chaque perte fait resurgir comme en écho les expériences mal vécues ou qui n’ont pas encore été « digérées » psychologiquement, comme une peine d’amour, une blessure physique, un deuil.

On voit alors comment l’adaptation est une expérience singulière, en rien comparable à celle du voisin, à une norme quelconque ou à un idéal. Chaque personne réagit à sa façon avec son histoire, son bagage affectif, sa sensibilité et surtout son rythme. Les hésitations, les périodes de découragement, les remises en question font partie de toute période déstabilisante et elles ont leur raison d’être. À nous d’être à l’écoute de nos réactions, de développer de la sollicitude face à nos limites et surtout, d’utiliser cette information pour mieux nous comprendre et nous prendre.

 
Volume 9, numéro 1 — Septembre 1996
Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada – ISSN 1705-0588